MutuelleFacile

Actualité · 23 septembre 2026 · 9 min

Hausse des mutuelles 2027 : +8,3 %, ce que ça change sur votre cotisation

Les cotisations de complémentaire santé augmenteront jusqu'à 8,3 % en 2027. Le calcul du surcoût sur votre cotisation réelle, et pourquoi la moitié de la hausse vient de décisions publiques, pas des dépenses de santé.

Réponse rapide

Les cotisations de complémentaire santé augmenteront en 2027 de 8,3 % en médiane selon le cabinet Addactis, 7 % en moyenne selon Facts & Figures. Sur une cotisation de 80 € par mois, cela représente environ 80 € de plus sur l'année. Une part importante de cette hausse — de l'ordre de 55 à 65 % — ne vient pas des dépenses de santé mais de décisions publiques prises en 2026 : une hausse de taxe et quatre décrets de transfert de charges.

À retenir
  • Hausse médiane +8,3 % en individuel, +8 % en collectif (Addactis) ; +7 % en moyenne en individuel selon Facts & Figures.
  • Une médiane n'est pas votre tarif : votre hausse dépend aussi de votre tranche d'âge, qui s'ajoute à la revalorisation générale.
  • Environ la moitié de la hausse vient d'une hausse de la taxe de solidarité additionnelle (1 Md€) et des transferts de charges de l'Assurance maladie (1,5 Md€).
  • Le rapport 2025 de la DREES montre un secteur qui n'a reversé que 79 % des cotisations en prestations en 2024.
  • Votre contrat individuel de plus d'un an est résiliable à tout moment, avec un mois de préavis.

Le chiffre est tombé le 21 septembre 2026 et il a fait le tour des rédactions : +8,3 %. C'est la hausse médiane attendue sur les cotisations de complémentaire santé individuelle en 2027, selon le cabinet d'actuariat Addactis. Pour les contrats collectifs, ceux que votre employeur souscrit pour vous, la prévision est de +8 %. Le cabinet Facts & Figures, qui n'étudie que l'individuel, table de son côté sur une hausse moyenne de 7 %.

Ces pourcentages tournent en boucle. Ce qu'on vous dit rarement, c'est ce qu'ils représentent réellement sur votre facture, et d'où ils viennent.

Combien ça fait sur votre cotisation

La moyenne nationale ne vous sert à rien : ce qui compte, c'est votre cotisation actuelle. Prenez le montant que vous payez aujourd'hui et lisez la ligne correspondante.

Votre cotisation aujourd'huiSurcoût mensuel (+8,3 %)Surcoût annuelNouvelle cotisation annuelle
30 €/mois+2,49 €+29,88 €389,88 €
50 €/mois+4,15 €+49,80 €649,80 €
80 €/mois+6,64 €+79,68 €1 039,68 €
120 €/mois+9,96 €+119,52 €1 559,52 €
150 €/mois+12,45 €+149,40 €1 949,40 €
200 €/mois+16,60 €+199,20 €2 599,20 €

Si votre contrat est revalorisé au taux médian, un couple de retraités payant 200 € par mois verra donc partir près de 200 € supplémentaires sur l'année.

Deux précisions honnêtes sur ce tableau. D'abord, 8,3 % est une médiane : la moitié des contrats augmentera moins, l'autre moitié davantage. Ensuite, votre propre augmentation dépendra aussi de votre âge — la plupart des contrats individuels appliquent une hausse liée à l'âge qui s'ajoute à la revalorisation générale. Un assuré de 62 ans qui passe une tranche d'âge peut cumuler les deux.

D'où vient cette hausse

Les hausses de 2027 ne sont pas le simple reflet d'une explosion des dépenses de santé. Deux décisions publiques prises en 2026 y contribuent directement, et il est possible d'en estimer le poids.

Une hausse de la taxe de solidarité additionnelle

La TSA est un impôt existant, assis sur les cotisations des contrats santé (13,27 % pour un contrat responsable). Son relèvement, décidé dans le budget de la Sécurité sociale pour 2026, représente 1 milliard d'euros supplémentaires pour les organismes complémentaires. Rapporté aux 46,5 milliards de cotisations santé collectées en 2024, dernier chiffre publié par la DREES, cela pèse environ 2,2 points de cotisation. Cet argent ne finance aucun soin : il part au budget de la Sécurité sociale.

Des transferts de charges depuis l'Assurance maladie

Quatre décrets publiés au Journal officiel le 22 août 2026 abaissent, au 1er janvier 2027, les remboursements publics sur le dentaire, les dispositifs médicaux, certains médicaments et les transports sanitaires. Ce que la Sécu cesse de payer, votre mutuelle le paie à sa place : 1,5 milliard d'euros, selon la première estimation de la Mutualité Française. Sur la même assiette 2024, cela représente de l'ordre de 3,2 points. Le détail poste par poste est traité dans notre article sur les déremboursements de 2027.

Un avertissement méthodologique

Ces deux estimations sont nos calculs, pas des chiffres officiels : ni Addactis ni Facts & Figures n'ont publié de ventilation de la hausse en points. Elles rapportent des charges de 2027 à une assiette de cotisations de 2024, plus étroite — sur une assiette reconstituée à 2027, les deux blocs pèseraient plutôt 1,8 et 2,8 points. Elles supposent par ailleurs une répercussion intégrale sur les assurés, ce qui n'est pas acquis.

Avec ces réserves, l'ordre de grandeur est le suivant : sur les 8,3 % annoncés, de l'ordre de 55 à 65 % proviennent de décisions publiques prises en 2026 — soit 4,6 points sur une assiette reconstituée à 2027, 5,4 points sur l'assiette 2024. Le solde relève de la dynamique propre des dépenses de santé (vieillissement, progression des soins, innovations coûteuses), que personne ne conteste mais dont aucune source ne chiffre précisément la part.

Ce que le rapport de la DREES ajoute au tableau

Les assureurs et les mutuelles répètent depuis des années que l'activité santé serait structurellement déficitaire. Le rapport de la DREES sur la situation financière des organismes complémentaires, publié fin 2025, nuance sérieusement ce discours. Sur l'exercice 2024 :

  • les organismes ont collecté 46,5 milliards d'euros de cotisations santé, en hausse de 8,2 % sur un an — une progression inédite depuis 2012 ;
  • dans le même temps, les prestations versées n'ont augmenté que de 5,4 % ;
  • les complémentaires n'ont reversé que 79 % des cotisations sous forme de prestations, contre 81 % en 2023 ;
  • le résultat technique est repassé en positif, à 1,6 % des cotisations hors taxes, pour un résultat net moyen de 3,4 % en intégrant les placements ;
  • les frais de gestion atteignent 8,8 milliards d'euros, soit 18,8 % des cotisations selon la DREES, qui rapporte ce ratio à une assiette légèrement différente du chiffre de collecte ci-dessus — en recul, cela dit, par rapport aux 19,3 % de 2023.

Soyons précis : 1,6 % de résultat technique, ce n'est pas un secteur qui s'enrichit démesurément, et les frais de gestion baissent en proportion. Mais deux constats tiennent. Le premier, c'est que l'argument du déficit structurel ne résiste pas aux chiffres de 2024. Le second, plus concret pour vous : sur 100 € de cotisation, près de 19 € financent le fonctionnement de l'organisme, pas vos soins. Cet écart de frais de gestion entre deux acteurs est l'une des rares variables sur lesquelles vous gardez la main.

Deux idées fausses à corriger

« Les franchises médicales vont doubler à 200 € » — le doublement a bien été abandonné le 20 août 2026 au soir. Mais les plafonds annuels passent tout de même de 50 à 70 € chacun au 1er octobre 2026, portant le cumul maximal de 100 à 140 € par an, et ces sommes ne sont pas remboursables par un contrat responsable. Nous détaillons qui paie réellement ce surcoût dans notre article sur les franchises médicales à 140 €.

« Le 100 % Santé va disparaître » — non. Le dispositif reste en vigueur, y compris après les décrets d'août. En revanche, son financement bascule : sur le panier 100 % Santé, votre reste à charge restera bien de zéro, mais c'est votre mutuelle qui absorbera le désengagement de la Sécu. Vous ne verrez rien chez le dentiste ; vous le verrez sur votre cotisation.

Ce que vous pouvez faire, concrètement

Vous ne pouvez agir ni sur la taxe, ni sur les décrets. Vous pouvez agir sur trois choses.

Résilier quand vous voulez. Depuis la résiliation infra-annuelle, tout contrat de complémentaire santé individuel de plus d'un an est résiliable à tout moment, sans frais ni justification, avec un préavis d'un mois. C'est le nouvel organisme qui se charge des démarches. La période qui s'ouvre, entre l'annonce des nouveaux tarifs et leur entrée en vigueur au 1er janvier, est le moment le plus utile de l'année pour comparer.

Lire votre avis d'échéance, pas la moyenne du marché. Votre courrier de revalorisation arrive en général entre octobre et décembre. Comparez le nouveau montant à l'ancien : si votre hausse dépasse nettement 8 %, il y a une raison — changement de tranche d'âge, garanties modifiées, ou simplement une politique tarifaire plus agressive que le marché.

Regarder vos garanties réellement utilisées. Beaucoup de contrats individuels sont surdimensionnés sur des postes jamais consommés. Avec le transfert de charges qui s'annonce sur le dentaire au 1er janvier 2027, le bon arbitrage n'est pas forcément de descendre en gamme : c'est de vérifier que votre niveau dentaire et optique correspond à ce que vous consommez vraiment.

Questions fréquentes

La hausse de 8,3 % s'appliquera-t-elle à mon contrat ?

Pas automatiquement. 8,3 % est une hausse médiane sur l'ensemble des contrats individuels : la moitié augmentera moins, l'autre plus. Votre revalorisation dépend de votre assureur, de vos garanties et, très souvent, de votre âge. Seul votre avis d'échéance fait foi.

Les contrats collectifs d'entreprise sont-ils concernés ?

Oui. Addactis prévoit +8 % sur les contrats collectifs en 2027, un niveau proche de l'individuel. La différence est que votre employeur finance au moins 50 % de la cotisation : votre part augmente donc en valeur absolue moins vite.

Quand vais-je connaître mon nouveau tarif ?

Les assureurs doivent vous informer de la revalorisation avant son entrée en vigueur, généralement par l'avis d'échéance envoyé entre octobre et décembre pour une application au 1er janvier.

Puis-je résilier après avoir reçu l'augmentation ?

Oui. Au-delà d'un an d'ancienneté, votre contrat individuel est résiliable à tout moment avec un préavis d'un mois, indépendamment de toute hausse de tarif. Vous pouvez donc attendre de connaître le nouveau montant avant de décider.

Pourquoi ma mutuelle augmente-t-elle si les comptes du secteur sont positifs ?

Les deux réalités coexistent. Le secteur a dégagé un résultat net moyen de 3,4 % en 2024 selon la DREES, mais il encaisse 1 milliard d'euros de taxe supplémentaire et 1,5 milliard de transferts de charges. La question ouverte est de savoir quelle part de ces coûts sera absorbée par les marges et quelle part sera répercutée sur les cotisations.

Sources